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"Vieillir chez soi dans un environnement connecté, durable et solidaire" : retour sur plusieurs conférences

Par Amandine Brugière le 26 novembre 2008 | Thématique : PLLV

Durant ce dernier trimestre, un grand nombre de conférences, et dont une organisée dans le cadre du Programme Plus longue la vie « Le quotidien des aînés : habitat et mobilité », ont porté sur le « vieillir à domicile » : Ecoter « Seniors à domicile et TIC » , Leroy Merlin - ADERE « Vieillir chez soi : un enjeu de société », Institut Silver Life « Comment rattraper le retard français de la télé-assistance », Accordages « La Biennale de l’intergénération ». Cette synthèse rend compte des principales idées que nous en retenons.

Vieillir chez soi

Vieillir chez soi serait la solution que tout un chacun appellerait de ses vœux. Pourtant dès qu’il s’agit d’aménager son habitat pour l’adapter aux problèmes physiologiques du vieillissement (adapter sa salle de bain, aménager une chambre au-rez-de-chaussée, renoncer au tapis du salon – premières causes de chutes -, etc.), les résistances des personnes âgées sont nombreuses, et souvent indépassables. Comme le soulignait Christine Patron, du Coderpa IDF lors de la conférence de Leroy-Merlin), l’habitat – le domicile – le chez-soi constituent des repères / repaires, chargés affectivement, historiquement, et réintroduisant pour la personne de la continuité face aux ruptures de vie.

Au sein du domicile, ce qui est de l’ordre de « l’avoir » s’est transformé en « être », et l’on préfère garder au lieu leur fonction de mémoire plutôt que de le transformer, et l’adapter. C’est ce qui rend si délicate et complexe l’intervention à domicile, rappelait Elian Djaoui lors de la conférence Pluslonguelavie sur l’habitat ; de même qu’un déménagement contraint, brutal, pour un domicile adapté plus fonctionnel, peut être une vraie rupture traumatique pour la personne âgée, accélérant des pathologies dépressives ou des dégénérescences.

Etrangeté et intrusion des technologies

Les résistances sont encore plus fortes, - et justifiées sans doute -, quand l’aménagement de l’habitat passe par une intégration de dispositifs techniques ou technologiques absolument étrangers, et dans leur esthétique et dans leur fonction, aux personnes âgées, et dont seuls les caractères de fonctionnalité, de sécurité, de compensation sont mis en avant. Si cette technologie rebute c’est qu’elle renvoie aux personnes la seule image de leur handicap, c’est qu’elle n’est pas « stimulante », source de désir, d’envie, c’est qu’elle n’est pas suffisamment l’objet de discussion, d’échange, de jeux, d’interaction. L’ergothérapeute Bénédicte Tenneson (conférence Leroy-Merlin) rappelait l’impérieux besoin de travailler sur la complémentarité des dispositifs techniques et humains. Trop souvent la technique cherche à se substituer à l’humain, quand l’enjeu pourrait être d’augmenter l’humain dans ses capacités relationnelles et ses prises sur le monde.

Une gamme importante des technologies de l’assistance (dites technologies « de l’assistance et pour l’autonomie ») conduit paradoxalement à augmenter les dépendances « subies » : les personnes âgées sont monitorées, contrôlées à distance, surveillées. Elles ne maîtrisent plus les personnes qui s’occupent d’elles (myriade d’intervenants au domicile), ni la manière dont on s’occupe d’elles, ou qu’on les surveille. Ces dépendances « subies » sont plus souvent le souhait des tiers - la famille, les proches -, qui ont besoin d’être sécurisés plus que les aînés eux-mêmes.

Des technologies au service de l’empowerment ?

Pourtant l’enjeu, souligne Christine Pattron n’est pas de supprimer les dépendances. L’autonomie n’est pas opposée à la dépendance : l’autonomie est la capacité à gérer ses dépendances selon ses propres choix. Les technologies pourraient-elles aider justement la personne à maintenir et choisir ses « dépendances », au moment où, ses capacités physiques diminuant, le réseau et le périmètre de dépendance diminuent aussi (le cercle de relation, la mobilité), et tendent à faire du domicile une prison fermée ? La télé-assistance pourraient-elles se développer dans ce sens ? C’est en tout cas une des pistes de conclusion offertes par Daniel Kaplan à la journée organisée par l’Institut Silver Life sur le retard français en matière de télé-assistance.

Paulette Guinchard-Kunstler, ancienne secrétaire d’Etat aux personnes âgées ayant participé à l’instauration de l’APA s’est désolée de l’image négative qui était aujourd’hui véhiculée, en partie aussi au travers des politiques publiques. La vieillesse étant synonyme de handicap, d’Alzheimer, etc. « La vieillesse ne saurait se résumer à cela », alerte-t-elle. Et même dans ces situations là, la personne âgée reste une personne vivante, désirante, souhaitant continuer à apprendre, à être citoyenne, et à faire de cette dernière partie de vie une partie « bien remplie ». Comme le rappelait Gilles Duthil à la Biennale de l’intergénération, la société de la connaissance devrait justement être la plus à même d’offrir des réponses à ces aspirations.

Recomposer le vivre-ensemble

Toute réflexion sur « le vieillir chez soi » ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le sens que l’on souhaite donner à la vieillesse et sur le vivre-ensemble : quelle place la société accorde à cette dernière partie de vie qui est de plus en plus longue ? Quel sens elle lui donne ? Qu’est ce que cela recompose dans les échanges entre les générations ? C’était le thème abordé par la Biennale de l’intergénération : comment ne pas faire de la vieillesse une période entre parenthèses, isolée, à l’écart de la société ? Vivre à domicile pour les plus de 85 ans est synonyme de solitude pour 75% d’entre eux.

Une solution expérimentée par l’association Equinoxe est de mieux coordonner les actions entre les professionnels (englobant les agents de la Poste, d’EDF, le médecin, les gardiens d’immeuble, les artisans, les commerçants)et les bénévoles, et de mailler le territoire de comités de voisinage.

Un collectif de Designers anglais, Participle, travaillant sur l’isolement, affirme que la condition du bien vieillir chez soi est d’avoir avant tout un réseau de 5 / 6 personnes qui font votre quotidien (familles, amis, voisins, relations d’entraide, etc.), et dessinant aussi par là des échanges intergénérationnels entre seniors.

Les technologies pourraient outiller les relations de voisinage, et participer à leur densification, tout en laissant le choix de la distance ou de la présence. De nouvelles formes de proximité numérique à expérimenter…

La longévité est un phénomène inédit pour nos sociétés, et nécessitent d’expérimenter de nouvelles formes de relation, même si les « bonnes » réponses à trouver prendront sans doute du temps à être élaborées, comme le rappelait P. Guinchard-Kunstler. Le XXe siècle a été celui de la protection de l’enfance. Le XXIe siècle saura peut-être, selon l’ancienne secrétaire d’Etat, celui d’une meilleure prise en considération de la vieillesse (individuelle, juridique, sociale).

1 commentaire

  1. Le 28 décembre 2008 à 16h29 par Zimmer Benjamin (site : http://reflexions-gerontologiques.fr (...))

    » "Vieillir chez soi dans un environnement connecté, durable et solidaire" : retour sur plusieurs conférences

    Ce résumé présente les sources d’innovation possible en matière de TIC, il évoque à juste titre que les personnes en situation de perte d’autonomie aussi bien âgées qu’handicapées ont des désirs, des envies, des besoins qui ne sont pas toujours disponibles, actuellement, sur le marché au travers d’une technologie quand la présence humaine ne peut pas être disponible. Nous entrons dans une ère "communicationnelle "où nous allons être les témoins du passage d’un système de santé hospitalo-centrique à un système domestico-centrique (expresion empruntée au Pr. réjean hébert) associé au passage de l’habitat traditionnel à l’habitat intelligent, communicant avec son environnement. Ce changement inéluctable de nos quotidiens, provoqué par un tsunami démographique selon Philippe Bas en 2007, est à la fois une source d’espoirs mais aussi de craintes. La personne âgée est encore vue, trop souvent à mon sens, comme une personne aproductive. Et pourtant demain, elles seront les plus nombreuses dans nos démographies industrielles. Peut être auront nous intérêt à voir le vieillissement comme un privilège et la personne âgée comme une bibliothèque qui brule. Nous devons aussi revoir les définitions des concepts. Nous emploieons souvent et à tord le concept de qualité de vie, Pouvons nous rééllemment évaluer la qualité de vie d’un tiers ? devrions nous parler comme le suggere de nombreux chercheurs quebecois de participation sociale ? Lorsque les définitions seront stabilisées, il sera alors possible de prévenir et de sensibiliser les personnes en situation de perte d’autonomie de l’interet et de la valeur ajoutée inestimable des TIC en matière de maintien à domicile dans un cadre de vie sécurisant et intégrateur.


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