En quoi l’allongement de la durée de la vie et le développement des technologies modifient le rapport des personnes à l’emploi, à l’organisation du travail et aux différentes formes d’activité ? C'est la question à laquelle ont répondu Corinne Zerbib de Jobetic, Annie Bur de RetraitesActives, Jean-Pascal Szelerski de l'APEC.fr, et Olivier Fécherolle de Viadeo.
Les quatre interventions tenues lors de la conférence « L’emploi et activités des seniors à l’heure de la longévité et du numérique » ont pointé les transformations en cours du rapport à l’emploi dans nos sociétés « technologiques », et l’importance de l’effet de « réseautage » dans la gestion de sa carrière.
En effet les réseaux sociaux professionnels, les blogs, ou tout autre outil permettant de gagner en visibilité au sein d’un cercle élargi de relations augmentent les capacités d’employabilité des individus, les opportunités de contacts et d’accès à l’information professionnels. De fait, le marché de l’emploi se déroule aujourd’hui en partie en ligne, et impose de nouvelles « manières de faire » : soit
Ces manières de faire, teintées d’usages technologiques, mettent en avant une certaine posture de l’individu : celui-ci devient le véritable « entrepreneur » de sa carrière, et ne dépend plus d’une seule et même entreprise pour son évolution professionnelle (comme cela a pu être le cas pour les générations précédentes). Il se montre, affirme ses choix, ses goûts, et se construit lui-même son parcours de vie.
Or si les générations plus âgées sont parfois déconnectées des sites de réseaux sociaux, et de ces nouveaux « habitus » en matière de recherche d’emploi, elles n’en montrent pas moins un profil très proche de cette culture de « l’empowerment » et du réseau.
C’est là tout le paradoxe : il semblerait que les postures d’empowerment dont ils font preuve ne suffisent pas à augmenter leur employabilité. Les freins culturels, une société du jeunisme laissent aujourd’hui croire que seuls les plus jeunes sont capables de s’adapter aux changements, et de se montrer créatifs. Seulement 37% des plus de 50 ans sont en situation d’emploi en France (un des taux les plus bas d’Europe), alors même que la réalité de leurs expériences, de leurs savoir-faire, de leurs aspirations montre l’importance de leur ancrage dans des activités, des projets professionnels, bien au-delà de l’âge « fatidique » de 60 ans correspondant au couperet de la retraite. Désavoués dans les pratiques dès 45 ans, marginalisés dans le monde du travail, ils sont de plus en plus nombreux à anticiper et à construire des projets de vie autour d’activités nouvelles hors emploi au sens classique. L’élaboration de nouveaux projets parfois très professionnels (sous couvert de nouveaux statuts juridiques), parfois bénévoles, parfois mixtes, parfois personnels, tels que les révèlent les exemples d’accompagnement et de préparation à une retraite active, montre l’importance du capital créatif, du désir d’accomplissement des seniors et leur capacités à innover.
L’ensemble de ces caractéristiques pourrait faire des seniors des « usagers web2.0 » par excellence : des utilisateurs répondant parfaitement à la culture véhiculée par le net, et donc devant trouver leur place parfaitement dans l’emploi. Et même si c’est le constat inverse qui prévaut, il faudrait réussir à faire de cette réalité contrastée un véritable levier d’innovation technologique pour tisser et renforcer les liens de travail intergénérationnel.
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